Le maïs OGM est cancérigène, c’est scientifique! Enfin, ça dépend…

Une étude récente du chercheur Gilles-Eric Seralini, de l’université de Caen, fait état des effets dévastateurs du mais OGM et de l’herbicide Round’up au sein d’une population de rats. Ce travail est relayé par un film de Jean-Paul Jaud, et un livre de Seralini lui-même. Quelques jours plus tard, des protestations de la part d’autres experts mettent en cause la validité des résultats. Est-ce une contre-attaque cachée de l’industrie alimentaire, ou simplement le coup de gueule d’un domaine scientifique sensible bringuebalé entre les intérêts de diverses factions?

Thèse

Gilles-Eric Seralini et son équipe ont mené une étude sur 200 rats, pour tester les effets à long terme du maïs OGM Monsanto NK 603 et de l’herbicide Round’up, leurs résultats ont été publiés dans des revues scientifiques de grande renommée (ici et la). Afin de résister aux pressions des grands groupes industriels impliqués et des politiques inévitablement complices, les expérimentateurs ont mené leur travail dans le secret, allant jusqu’à coder leurs e-mails et s’interdisant d’en parler à leurs familles. Le résultat est clair et net, photos à l’appui: Les femelles développent plein de tumeurs, et les mâles des dysfonctionnements du rein et du foie. Le maïs OGM et le Round’up sont donc nocifs. Pour appuyer ces conclusions et, toujours, résister à la pression en enfonçant bien grand la porte médiatique, ces résultats ont été diffusés en exclusivité par le Nouvel Obs, et le Grand Journal, assortis d’un film, « Tous cobayes », et du livre homonyme, écrit par Seralini.

Une des souris nourrie aux OGM (humour!)

Antithèse

Depuis, on a pu prendre connaissance de certaines réactions contradictoires venant d’autres experts. Il convient de rester prudent car l’industrie agro-alimentaire a la fâcheuse habitude de répliquer par scientifiques interposés; ce qu’on ne sait pas toujours c’est que les labos des dits « scientifiques » sont parfois en grande partie financés par les grosses boîtes elles-mêmes.

Cette fois, les détracteurs sont des spécialistes crédibles reconnus dans le domaine (comme par exemple Spiegelhalter, qui dénonçait l’effet des prothèses PIP), et leurs critiques, que nous allons résumer, semblent légitime. De plus, ces protestations sont relayées par le quotidien en ligne « mediapart », pas franchement connu pour sa mansuétude envers les grands groupes d’agro-alimentaire tels Monsanto.

Voici quelques critiques envers la méthodologie de Seralini:
Pas assez de rats: L’expérience prévoyait de tester de nombreux cocktails (OGM, OGM+Herbicide, Herbicide, aucun des deux, …), les 200 rats ont alors été divisés en groupe de 10, mais 10 est insuffisant pour établir des conclusions incontestables, il en faudrait au moins 50 selon ce spécialiste.
La censure de certains résultats: Les auteurs n’ont fourni que les résultats qu’ils ont jugé « pertinents ». Ce manque de transparence suggère l’éventualité que l’expérimentateur ne sélectionne que les résultats qui l’arrangent. Ceci est à rapprocher de « l’effet tiroir », aussi appelé « cherry picking ».
Les résultats ne sont pas concluants: Dans les quelques groupes de 10 où la toxicité des OGM et du Round’up a été incriminée, le nombre de rats morts ou malades n’est pas tant que ça au-dessus de la moyenne.

Voir ce billet pour une critique statistique plus détaillée.

Synthèse

Il faut se méfier du « Regardez j’ai prouvé quelque chose avec des chiffres, il faut me croire! ». Encore une fois, le débat se porte sur la significativité statistique des résultats, c’est-à-dire sur la méthodologie choisie: certaines données ont été censurées car jugées non pertinentes par les expérimentateurs, mais impossible de savoir si le critère choisi était impartial, et les résultats chiffrés en eux-même ne donnent pas vraiment satisfaction lorsque regardés de plus près. Le simple fait d’avancer avec des chiffres à l’appui fait parfois oublier aux médias de s’interroger sur la méthode et la validité de l’obtention des dits chiffres. Il est étrange, et inquiétant, que des recherches trop légères passent dans les revues faisant référence, peut-être une réglementation officielle est-elle nécessaire pour les questions de santé publique.

Le financement d’un labo de recherche par des industriels peut inciter les chercheurs à biaiser ou orienter leurs résultats pour ne pas nuire à leurs mécènes. En supposant que les détracteurs de Séralini aient raison, cela met en évidence un autre facteur « biaiseur d’études », la volonté de gloire et de renommée du chercheur (ou tout simplement, en ces temps difficiles pour la fonction publique, de crédits), il faut aussi rappeler que dans cette étude Seralini était financé par d’autres groupes (Auchan/Carrefour), faisant la promotion de leurs produits anti-OGM. Finalement, l’innocuité (ou la nocivité) des OGM est remise sur la table, et cet épisode a eu le mérite de rappeler la nécessité d’une étude objective de la part des pouvoirs publics, garants de la santé des consommateurs (au détriment de celle des rats).

RLR

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